La Venelle, suivi de Après les pins de Juliette Keating

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14,00 € l'unité

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Extrait de La Venelle :

Le raccourci consistait en une ruelle creusée entre les murs aveugles de deux immeubles. La courbe légère des vieux pignons en cachait le débouché. On ne voyait pas la fin de cette bande de pavés malaisés. L’étroitesse du boyau ne permettait pas à deux piétons de se croiser sans que l’un ne se plaque contre un mur pour laisser la voie à l’autre. Mais il n’y aurait personne à cette heure matinale. Dorothée posait précautionneusement le pied sur les pavés recouverts ça et là d’éparses flaques qui faisaient comme des trous noirs sur le sol. Quelle obscurité ! Le soleil était assez haut maintenant, mais il n’éclairait jamais la venelle.

Elle toussota, l’écho de sa toux rebondit sur les murs. Le silence revint, incomplet. Un léger gargouillis, la musique d’un ruissellement comme celle que produirait une petite source naissant entre des roches surprit Dorothée. Elle repéra à ses reflets argentés un filet d’eau qui zigzaguait et se frayait un chemin dans l’ombre, en bondissant sur le sol irrégulier. Une canalisation fêlée, un trou dans le cuivre rongé des vieilles conduites, songea-t-elle. Tout était à l’abandon dans ce raccourci où ne s’aventurait plus personne. La fuite lui semblait grossir sensiblement. Plus de flaques mais, autour de ses chaussures, une mince couche liquide, ridée par un courant léger. Elle pensa faire demi-tour, mais elle avait déjà tant tardé ! Elle expliquerait au docteur qu’elle ne pouvait pas se permettre d’arriver en retard à un entretien d’embauche espéré depuis tant de mois. Il lui fallait aller de l’avant, malgré l’eau et la toux.

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