Entretien avec Maria Rybakova : des livres aux airs de rêve

Dans Couteau tranchant pour un cœur tendre, vous racontez l’histoire d’un homme-fleuve. Pourquoi avoir souhaité raconter l’histoire d’un homme-fleuve ?

Le livre a commencé comme cela : j'avais un dialogue interne dans ma tête en allant me coucher. Je parlais encore avec un ami qui n'était pas là, c'était juste dans ma tête. Et le nom de cette personne ressemble un peu au mot « rivière » et, par accident, je n’ai pas dit son nom, mais j’ai dit « rivière » comme si je m’adressais à une personne. J'ai pensé que c'était une idée très intéressante, qu'une rivière puisse devenir une personne et qu’une personne puisse devenir une rivière. Comme si tout le monde était un flux. Pour moi, l’image de l’homme-fleuve était surtout l’incarnation de l’idée de l’inconnaissable d’autrui. Nous pensons que nous connaissons nos amis, nos relations, mais, en fait, ils peuvent s’avérer être absolument différents de ce que nous pensons d’eux. Peut-être ne sont-ils même pas humains, comme Ortiz ne l’est pas.

C’est pourtant le crime passionnel qui semble à l’origine de l’intrigue. Pourquoi faire du meurtre un moteur de l’action ?

Parce que je voulais parler du fait d’avoir le cœur brisé. Je trouve qu’un couteau dans le cœur est une bonne métaphore pour exprimer la douleur causée par l’absence d’amour. Puis plus tard, ce titre m'est venu à l'esprit : dans Couteau tranchant pour un cœur tendre, il y avait la combinaison de deux choses : l'amour et la cruauté. Cela m’est venu en même temps que l’idée d’inhumanité de l'homme-fleuve.

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Entretien avec Geoffroy Larcher : écrire la quête du bonheur

Virginie Symaniec – Geoffroy, tu publies ton second roman au Ver à soie et j’ai pensé que ce serait une belle occasion de faire un peu le point et de te poser quelques questions pour éclairer ta démarche. En préambule, je pense qu’on peut rappeler que tu arpentes autant les plateaux de cinéma en tant que chef décorateur que le monde de l’écriture. Tu es originaire du bassin d’Arcachon où tu situes l’histoire du Roi carotte. Tu entretiens une véritable passion pour le Cap-Vert où tu situes l’intrigue de Mindel’Saudade.

À l’époque,
Mindel m’avait intéressé, car au-delà du genre de la tragi-comédie auquel il semble appartenir, l’un de tes personnages, César Lima, revient finir sa vie au Cap-Vert après s’être enrichi ailleurs, mais son passé lui colle à la peau. Tu aurais pu écrire une tragédie, mais tu décides au contraire de traiter de manière parfois totalement loufoque –, la question si épineuse du retour et du post-exil.

Dans
Le Roi carotte, qui fait partie actuellement des nouveautés de la maison, ce sont plutôt les questions du vagabondage et de la « sortie de route » que tu sembles évoquer, mais toujours sur fond d'une très forte histoire d'amitié. Dans ce texte qui est en fait ton premier roman, tu pars de l’expression locale « être roi carotte », qui désigne celui qui accède au bonheur en se contentant de ce qu’il a, pour organiser l'action. Mais commençons par le début ! Comment t’est venue l’idée du premier livre que tu as publié au Ver à soie en 2017, Mindel’Saudade ?


Geoffroy Larcher – En faisant du stop sur une route déserte au Cap-Vert. Un corbillard brinquebalant s’est arrêté pour me prendre. Le croquemort était un jeune en jean pouilleux. Plus loin, il a chargé un paysan et sa chèvre, puis une dame qui partait faire son marché à Mindelo : le personnage d’Isolino, qui est le personnage principal de Mindel’Saudade, venait de naître. Qu’il soit un fervent catholique, que son corbillard soit d’un Kitch absolu, rose, avec des vierges clignotantes, ou qu’il emmène une pute au travail sont, bien sûr, de pures inventions.

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Entretien entre German Solinis et Sorin Dumitrescu, auteur de Irrévocable !

Dans le cadre de l'écriture de Irrévocable ! Sorin Dumitrescu s'est entretenu avec German Solinis. Ce bel entretien fait partie intégrante du livre et en résume les principales problématiques. N'hésitez pas, pour le consulter, à le télécharger en cliquant ici.

Entretien avec Beate Sirota Gordon, héroïne de Le dernier bateau pour Yokohama de Michel Wasserman et Nassrine Azimi

Beate Sirota Gordon, l'héroïne du Dernier bateau pour Yokohama, était pionnière en toute choses. Outre émanciper en droit les femmes du Japon dans la Constitution pacifique au sortir de la Seconde guerre mondiale, elle a oeuvré toute sa vie, via les arts et la culture, à la compréhension mutuelle en tre Orient et Occident. L'entretien que nous livrons ici a été publié dans Le dernier bateau pour Yokohama. Vous pouvez le lire et le télécharger en cliquant ici.

Entretien avec Tristan Soler, auteur et illustrateur de Fjall, aux confins du monde

Vous êtes surtout aujourd’hui connu comme plasticien. Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Depuis petit j'ai aimé écrire et dessiner. Mon père tapait mes premiers textes avec fierté sur sa machine à écrire. J'ai conservé un tapuscrit qui arrive vers mes six ans, une description de l'ananas, le fruit. C'est émouvant de retrouver ça. Mais c'est vrai que mes études supérieures ont été consacrées aux arts plastiques, et non à la littérature. Et les expériences collectives ont été plus nombreuses en tant que plasticien. Besoin de fusions moins intellectuelles, je suppose.

À l'heure actuelle, je continue passionnément à dessiner, mais j'ai accumulé beaucoup d'œuvres qui n'ont pas de visibilité. Aussi je les laisse attendre les bons interlocuteurs, les découvreurs qui sont difficiles à rencontrer. C'est un pari sur la patience, qui dans la solitude laisse parfois face au néant, mais j'ai une confiance complète dans ce travail visuel. L'écriture est un domaine bien distinct, mais le rapport à l'abstraction, vivace dans les deux champs d'expression, suit les mêmes lois, me semble-t-il, depuis les révolutions formelles du XX° siècle. Ces deux pratiques se répondent, pour contrebalancer leurs manques spécifiques, l'immédiateté pour l'écriture, une certaine immobilité, bien qu'apparente, pour la peinture. Venir à l'écriture, c'est reconnaître la nécessité d'ordonnancer le chaos intérieur de la pensée en histoires formelles articulées, à partager dans la jouissance solitaire, si on excepte le théâtre. C'est un défi posé par la magie de la langue, qui comme on le sait aime à se jouer de nous.

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